Les tons et les couleurs
T. Lee
Lentement, il tria, un à un, les tons.
Le bleu tire aux flambeaux sur un faux vert;
s'il est foncé comme le cobalt et l'indigo,
il devient noir; s'il est clair, il tourne au gris;
s'il est sincère et doux comme la turquoise,
il se ternit et se glace. À moins donc
de l'associer, ainsi qu'un adjuvant,
à une autre couleur, il ne pouvait être question
d'en faire la note dominante d'une pièce.
D'un autre côté, les gris fer se renfrognent
encore et s'alourdissent; les gris de perle perdent
leur azur et se métamorphosent en un blanc sale;
les bruns s'endorment et se froidissent;
quant aux verts foncés, ainsi que les verts empereur
et les verts myrte, ils agissent de même
que les gros bleus et fusionnent avec les noirs;
restaient donc les verts plus pâles,
tels que le vert paon, les cinabres et les laques,
mais alors la lumière exile leur bleu et
ne détient plus que leur jaune qui ne garde,
à son tour, qu'un ton faux, qu'une saveur trouble.
Il n'y avait pas à songer davantage aux saumons,
aux maïs et aux roses dont les efféminations
contrarieraient les pensées de l'isolement;
il n'y avait pas enfin à méditer
sur les violets qui se dépouillent;
le rouge surnage seul, e soir, et quel rouge!
un rouge visqueux, un lie-de-vin ignoble;
il lui paraissait d'ailleurs bien inutile
de recourir à cette couleur, puisqu'en s'ingérant
de la santonine, à certaine dose, l'on voit
violet et qu'il est dès lors facile de se changer,
et sans y toucher, la teinte de ses tentures.