Les pierres et les bijoux
T. Lee
Le choix des pierres l'arrêta; le diamant est devenu
singulièrement commun depuis que tous les commerçants
en portent au petit doigt; les émeraudes et les rubis
de l'Orient sont moins avilis, lancent de rutilantes
flammes, mais ils rappellent par trop ces yeux verts
et rouges de certains omnibus qui arborent des fanaux
de ces deux couleurs; quant aux topazes, brûlées ou
crues, ce sont des pierres à bon marché, chères à la
petite bourgeoisie qui veut serrer des écrins dans
une armoire à glace; d'un autre côté, bien que l'Église
ait conservé à l'améthyste un caractère sacerdotal,
tout à la fois onctueux et grave, cette pierre s'est,
elle aussi, galvaudée aux oreilles sanguines
et aux mains tubuleuses des bouchères qui veulent,
pour un prix modique, se parer de vrais et pesants bijoux;
seul, parmi ces pierres, le saphir a gardé des feux
inviolés par la sottise industrielle et pécuniaire.