L'amour, lointain...

A. Gédalge

L'amour, lointain et tout proche à la fois,

Va nous mener à lui parmi les roses,

Dans un charmant et mystérieux bois

Où les chansons vont se mêlant aux proses.

Le rossignol nocturne et langoureux

Y chante bien des roulades qu'il perle;

Mais pour narguer les pauvres amoureux,

Au lendemain siffle le joyeux merle.

Vous pourrez voir, chère, mes billets doux

Aux verts buissons se suspendre sans cesse,

Avec du sang de mon cœur, qui pour vous

Laisse couler à grands flots sa jeunesse.

Et quand la brise, un beau jour, dans mes bras

Vous poussera, rougissante et charmée,

Des vieux serments laissant là le fatras,

Je vous dirai, tout pâle: « Ô bien-aimée! »