Matin de mai

A. Gédalge

C'était un matin de ce mois de mai,

Et par les chemins je t'avais suivie.

Le printemps était vert et parfumé,

Et je saluais la terre et la vie.

C'était un matin de ce mois de mai,

Et dans l'air filait la bleue hirondelle;

Tu m'avais voulu nommer ton aimé,

Et je te suivais comme un chien fidèle.

Or ton pied laissait un sillon de feu,

Et par les chemins je t'avais suivie.

Le jour clair montait au pâle ciel bleu

Qui joyeusement d'aimer nous convie.

Le rose orient s'était enflammé,

La forêt chantait comme une berceuse,

Le printemps était vert et parfumé!

Lente tu marchais, ò ma paresseuse...

Aube de bonheur, dans mon jeune cœur

Se levait l'amour nouvelle et ravie;

Ton sourire doux n'était point moqueur,

Et je saluais la terre et la vie.