Le charme est rompu

A. Gédalge

Le charme est rompu! Mon beau rêve

Par l'azur vient de s'en aller;

Du côté que le jour se lève

Je l'ai vu voler.

Moi, je regarde, l'œil atone,

L'occident superbe et fiévreux;

Les tristesses du tiède automne

Emplissent les cieux.

Le haut blé jaune au vent frissonne,

En tumulte, comme une mer;

Le grillon invisible sonne

Un chant grêle et clair.

Quand le grand soleil qui se couche

Ne sera plus que pourpre et qu'or,

Tu viendras, le doigt sur la bouche,

Une fois encor,

Suivre les baisers à la piste,

Au travers de nos lents aveux,

Et dérouler sur mon front triste

Un flot de cheveux.

Tu me souriras, pâle et douce,

Quand la lune se lèvera;

Sous nos pieds un tapis de mousse

Se déroulera.

Tu te rappelleras la foule

De nos soirs d'amour, abîmés

Dans la mer sans reflux qui roule

Tous nos jours aimés;

Et nos deux âmes confondues

Chanteront dans le soir dormant

L'histoire des gaîtés perdues,

Douloureusement!