Adieu la ferme et la fermière
C. Lecocq
C'est un métier superbe assurément
Que le métier de soldat de fortune.
Le sabre est clair, l'uniforme est charmant,
Il met dans l'âme une ardeur peu commune.
Quand, pour changer de garnison,
On quitte quelque place forte,
Afin d'admirer l'escadron
Les hommes sont devant leur porte,
Et les femmes sont au balcon.
Ah! quel dommage, ah! quel dommage,
Qu'avec ce noble et beau métier,
On ne puisse concilier
Le bonheur calme du ménage.
C'est un état superbe assurément,
Et l'hyménée a certes moins de charmes,
Qu'il serait doux sous le chaume pourtant,
Pour vivre à deux déposer les armes!
Mais sonne un appel de clairon,
Il faut tout quitter pour la guerre.
Adieu l'amour, adieu Suzon,
Adieu la ferme et la fermière.
Ah! quel dommage, ah! quel dommage!
On s'en va le cœur moins léger,
Car un boulet peut traverser
Ce joli rêve du ménage.