Le ruisseau

C. Lecocq

Coule toujours, charmant ruisseau,

En chantant traverse la plaine.

Le berger sur son chapeau

Ne doit plus chanter que sa peine.

Tu vas passer près du moulin

Où ma tendre Annette demeure;

Dis-lui combien, j'ai de chagrin

Et qu'en ces lieux, triste, je pleure.

Porte-lui pour moi cette fleur

Que j'ai prise sur ton rivage;

Dans un baiser j'y mets mon cœur,

Qu'elle l'attache à son corsage.

Mais hélas! ce qui vient de moi

Pour elle n'aura plus de charme.

L'infidèle a trahi ma foi;

Ruisseau, porte-lui cette larme!

Charmant ruisseau, coule toujours,

Que ton onde reste limpide

Plus que la source des amours

Qui se trouble et devient perfide.