Fin d'automne
C. Lecocq
Avant que de l'âtre sombre
Le feu clair ait chassé l'ombre,
Viens une dernière fois
Par les champs, par la prairie,
Nous égarer ma chérie,
Dans quelque sentier du bois
De peur que ton pied ne touche
Et se blesse à quelque souche,
Nous choisirons un chemin,
Tout jonché de feuilles mortes
Et de fleurs de toutes sortes
Qui seront mortes demain.
Veux-tu revoir le vieux chêne
Dont le souvenir s'enchaîne
A notre premier baiser?
Sans l'abri de son feuillage
Et tes frayeurs de l'orage,
Je n'aurais pu t'apaiser
Les petits oiseaux, ma belle,
Qui, dans la saison nouvelle,
Nous accueillaient jacassants,
Avant de quitter leur gîte,
D'une dernière visite
Nous seront reconnaissants,
Peut-être bien que la mousse
Qu'avril te faisait si douce.
A gardé ton souvenir,
Que les blanches pâquerettes
Vont s'entrouvrir, les pauvrettes,
En te voyant revenir.
Puis derrière la colline,
Quand le soleil qui décline
Aura rougi l'horizon,
Nous ferons avec ivresse
Provision de tendresse
Pour la mauvaise saison.