Avril va venir
C. Lecocq
Eros va venir, son carquois sous l'aile,
Car voici l'Avril.
Il mettra bientôt, douce jouvencelle,
Ton âme en péril.
Ni tes pleurs d'enfant, ni ton gai sourire,
Ni tes yeux d'azur
Ne pourront, hélas! sauver du martyre
Ton cœur tendre et pur!
Rien ne peut, mignonne, arrêter la fièvre
Qu'il porte avec lui.
Quand son souffle ardent brûlera ta lèvre,
Ton calme aura fui!
Cuirasse d'acier, bouclier d'argile
Seront transpercés
Par les traits cruels que son bras habile
T'aura, seul, lancés!
Prends ta harpe d'or, vierge sans défense,
Voici l'ennemi!
De tes doux accents romps le lourd silence
Du bois endormi.
Les rocs de granit, les nymphes de pierre
Pourront s'attendrir:
Mais Eros rira de ta plainte amère,
Avril va venir!