Le péage
C. Lecocq
Un beau mousquetaire au bout d'un vieux pont,
Tout fier, montait la garde;
Sur ce vieux pont là, passa par mégarde
Fillette au court jupon!
Trois pas en avant fit le garnement,
Se mettant au port d'arme
Et cria: « Holà! tendron plein de charme,
Avance au ralliement! »
« Je passerai, » dit la fillette.
« Non, » dit-il, « tu ne passeras pas,
Ou tu paieras, landerirette! »
Landerirette, landerirette, landerira!
Le soldat tint bon, la fille paya,
Puis franchit la barrière,
Mais trois pas plus loin revint en arrière
Et gentiment pria:
« Sur le pont, Monsieur, m'avez fait glisser,
J'ai perdu... quelque chose;
Et pour l'y chercher, pardonnez si j'ose,
Je voudrais repasser. »
« Tu repaieras, belle fillette! »
« Je sais le prix qu'il m'en coûtera.
Je repaierai, landerirette,
Je repaierai ce qu'il faudra. »
Landerirette, landerirette, landerira!
La fillette vint encore une fois,
Toute prête au péage,
Quand le beau soldat, livrant le passage,
Lui dit d'un ton narquois:
« Deux fois ce matin je t'ai fait payer,
Cela suffit, la belle;
Garde le restant de ton escarcelle,
Gratis tu peux passer. »
« Eh quoi, pas même une piécette?
Puis qu'elle est prête, prenez-la. »
Mais le soldat tourna la tête,
Et sans payer elle passa.
Landerirette, landerirette, landerira!