L'Antiope

J. Hignard

C'est l'heure où les oiseaux chantent à leur réveil;

La nature s'émeut et déjà le soleil

Boit la rosée en pleurs sur la feuille tremblante.

Un rayon jusqu'à vous pénètre et je vous vois

Dans cette pose nonchalante

de l'Antiope sous les bois.

Êtes-vous encore endormie?

Je vous appelle, ô mon amie,

Et vous n'entendez pas ma voix...

Réveillez-vous ô mon amie!

L'Antiope sourit à son rêve inconnu

Pendant qu'un Dieu trompeur contemple le sein nu

Dont sa main indiscrète a soulevé le voile

L'Amour est auprès d'elle et dort comme un enfant,

Pourtant bien légère et la toile

Qui seule des yeux la défend.

Sans bruit, de la Nymphe endormie

Dans le bois sombre, ô mon amie,

S'approche le Dieu triomphant.

Réveillez-vous, ô mon amie!

Votre sommeil est calme et calme est votre cœur;

Des regards curieux vous n'avez pas de peur,

Sachant que l'on vous aime et que vous êtes belle,

Vous avez confiance, aussi vous, dans l'Amour

Qui, près de la jeune immortelle,

Repose insoucieux du jour.

Vous semblez trop belle, endormie,

Pour dormir si tard, mon amie,

On vous joûrait un mauvais tour.

Réveillez-vous, ô mon amie!