Repentir

Millet

Encore quelques pas!

Voici la croix de pierre

Au milieu du chemin qui mène à la chaumière.

Encore quelques pas!

Je me sens défaillir!

Marchons!

Je touche au seuil et je suis arrivée.

Merci, mon Dieu, merci! Ma course est achevée,

Ici du moins, ici je puis mourir!

O demeure chérie,

O vallon, o prairie,

O ma belle patrie,

Enfin je vous revois!

O ma sœur aimée,

Vois, Dieu m'a pardonnée,

Il m'a ramenée

Vers ma mère et vers toi.

Qu'entends-je? On ne dort pas

Ma mère en ta demeure?

On se plaint, on gémit, on pleure

Des sanglots étouffés!

Qui peut ainsi gémir?

Ciel! que vois-je? ma mère!

Ma mère à son dernier soupir!

Dieu, tout puissant, désarme ta colère,

Ne punis pas, tu sais mon repentir!

Ah! par pitié, mon Dieu, sauve ma mère,

C'est moi, qui la ferais mourir!

Ma sœur, ne pleure plus, notre mère est sauvée,

Elle m'a reconnue et murmure tout bas mon nom,

Elle m'ouvre ses bras pour me bénir, sa main s'est soulevée,

Ah! Grand Dieu! sa main retombe inanimée!

Ma mère, réponds-moi, ma mère bien aimée!

Sa voix s'éteint dans un dernier soupir.

Ah! c'en est fait! Ici je vais mourir!