Tancrède devant le corps de Clorinde
Millet
La voilà donc, et moi, d'un bras coupable
De celle que j'aimais, j'ai terminé les jours,
Et ce fer impitoyable
D'une si belle vie a pu trancher le cours!
Loin de moi fuis, noble image,
Ton aspect brise mon cœur,
Cache-moi ton doux visage,
Prends pitié de ma douleur,
Lorsqu'ici ma voix déplore
Le crime affreux de ma main!
Clorinde, je t'aime encore,
Prends pitié de mon destin!
Qu'entends-je? Des bruits de guerre!
Mon cœur bat avec transport!
Enfin s'ouvre la carrière
Où je puis trouver la mort!
Vienne le jour des batailles,
Des sanglantes funérailles,
Des sombres destins!
Celle qui me fut ravie
M'attend dans une autre vie.
Mort aux sarrasins!
En perdant celle qui m'est chère
Mon âme a perdu sa lumière,
Et dans mon tardif repentir
Je n'ai plus qu'à mourir!