Saïda

Millet

Il faut mourir! Adieu, chère âme,

Tu n'as voulu de la flamme

Que pour toi renfermait mon sein;

La flamme a brulé sa demeure,

Déjà sonne ma dernière heure.

Qu'ai-je fait pour un tel destin?

Si de ma tombe solitaire

S'élève un son triste et discret,

Sois sans remords ou sans colère;

Hélas! ce n'est rien qu'un regret.

O de mes jours, dure maitresse!

Pourquoi de ma vive tendresse

N'as-tu pas voulu la moitié

Pour lier ma vie à la tienne?

J'ai tout donné, qu'il t'en souvienne,

Pourquoi n'as-tu pas eu pitié?

Si de ma tombe

etc.

Près de mourir, je t'aime encore,

Et mon front qui se décolore

S'incline aux doux bruit de tes pas.

Je t'aimerai dans la mort même,

Et toi, d'une larme suprême

Viendras-tu plaindre mon trépas?

Si de ma tombe

etc.