O Dieux, permettez moy que celle qui cause ma douleur
A. Bertrand
O Dieux, permettez moy, permettez moy que celle
Qui cause ma douleur, et qui de ses beaux yeux
Esperdument ravit le meilleur de mon mieux,
Puisse sentir d'amour quelque vive estincelle:
Vueillez vous, o bons dieux, permettre qu'avec elle
Je gouste de l'amour les fruictz delicieux,
Si que recompençant mon travail ennuyeux,
J'amortisse l'ardeur qui tousjours me bourrelle.
Puissions nous, elle et moy, tous nuz entre deux draps,
Flanc à flanc, bouche à bouche, enlassé de noz bras,
Pratiquer de l'amour les trousses plus gaillardes,
Puissé-je quand lassé de l'amoureux deduit,
Il faudra que je passe en l'eternelle nuit,
Mourir au doux baiser de ses levres mignardes.