Allez-vous en
T. Dubois
Allez-vous-en, la plus chérie
De ces folles dont on s'éprend
Un matin par élourderie,
Et que l'on voit fuir en pleurant.
N'êtes-Vous pas de la famille
De ces gais oiseaux vagabonds
Qui vont de charmille en charmille
Et pour qui nous les nids sont bons?
Quand vous vous êtes reposée
Dans le mien, peut-être ai-je cru
Vous y tenir apprivoisée:
Encore un rêve disparu!
Ange au beau front, Eve enfantine.
Blanche et si blonde, je vous perds;
J'ignore à qui l'Amour destine
Les regards de vos grands yeux pers,
Mais je sais bien que je vous aime
Comme on ne pourra vous aimer,
Et me sens devenir tout blême
Dès que je vous entends nommer.
Vous avez, je l'entends encore
Ainsi qu'un printemps amoureux,
Jeté votre chanson sonore
A tous les échos bienheureux,
Et, pendant quatre ou cinq nudées,
Que dans la rue, il faisait froid
Nos têtes se sont abritées,
Confiantes sous un même toit.
Sans craindre que je vous oublie,
Allez; et si plus lard, un soir,
Vous sentez la mélancolie
Vous gagner, revenez me voir:
Sous mes baisers toujours les mêmes,
Ardents à chercher votre front,
Chère coureuse de bohèmes,
Les gaîtés d'hier reviendront.
Allez-vous-en, la plus chérie
De ces folles dont on s'éprend
Un matin par étourderie.
Et que l'on voit fuir en pleurant.