Iseult
T. Dubois
Ah! si j'étais la rose
Que le soir brun
En sourirant arrose
D'un doux parfum;
Si j'étais le bois sombre,
Qui sur les champs
Jette au loin sa grande ombre
Et ses doux chants;
Si j'étais la pervenche,
Ou les roseaux,
Ou le lac, ou la branche
Pleine d'oiseaux;
Si j'étais la voix pleine,
La voix de cors,
Qui fait bondir la plaine
A ses accords;
A vous, jeune déesse,
Pleine d'attraits,
A vous, Iseult, sans cesse
Je donnerais
Ma voix, ma fleur, mon ombre,
Douce à chacun,
Mes chants, mes bruits sans nombre,
Et mon parfum,
Et tout ce qui vous fête
Comme une sœur.
Mai je suis un poète
Plein de douceur,
Qui ne sait que bruire
A tous les bruits,
Faire vibrer sa lyre
Au vent des nuits,
Et dans la nuit d'un rêve
D'illusions,
Jetter longtemps sa sève
Et ses rayons.
A vous qui pour mon âme
Etes le jour,
Je ne donne, madame,
Que mon amour.