Matin d'avril
T. Dubois
Avril s'éveillait, les veines gonflées
De sève amoureuse et de doux parfums;
Le ciel était blond; l'or des giroflées
Aux brumes d'argent baignait ses tons bruns.
Un diamant pur sur chaque corolle
Faisait chatoyer ses joyeux reflets,
Et du bout de l'aile und brise folle
Infligeait aux fleurs de légers soufflets.
Sous les marronniers j'attendais l'amie;
Les marronniers blancs, d'un air langoureux,
Inclinaient sur moi leur tête endormie
Et se murmuraient: "C'est un amoureux!"
"C'est un amoureux!" criait l'alouette.
"Oh! l'heureux mortel!" sonnait le pinson.
"Qu'en sais-tu?" rêvait la vieille chouette.
Le merle sifflait: "Le pauvre garçon!"
Le merle mentait. J'attendais mon âme.
La nature était prête à nous bénir;
Une violette, au regard de femme,
Répétait tout bas: "Je l'entends venir!"