Les vivants et les morts
T. Dubois
Où donc es-tu, vaillant soldat,
Dont le nom a rempli les mondes,
Dont le bras, terrible au combat,
Reste inerte aux fosses profondes?
Où donc es-tu, vierge aux yeux doux,
Qui ne quittas ta blanche couche,
Que pour ce sombre rendez-vous,
Où la mort t'a baisé la bouche?
Où donc es-tu, tramblant vieillard,
Qui ne voyais pas dans ta joie
A couver ton or du regard,
Que la tombe guettait sa proie?
Où doc es-tu pour l'apaiser,
Pauvre mère à l'âme si tendre,
Cet enfant, qui cherche un baiser,
Pâlissant à force d'attendre?
Nous ne laissons aux sépultures
Qu'un vêtement trop lourd pour nous.
Nous n'avons de corps ni figures,
Et nous ne voulons rien de vous!
Avec notre chair, à la terre
Nous avons tous rendu nos cœurs,
Encor pleins de votre misère,
Encor meurtris de vos douleurs!
Notre vie est l'indifference.
Invisibles sans nous cacher.
Nous passons dans notre silence
Auprès de vous sans vous toucher.
Tarissez vos larmes sans causes,
Vous qui venez pleurer sur nous;
Si nous prenions souci des choses,
Nous devrions pleurer sur vous!