Près d'un ruisseau
T. Dubois
Nous étions tous les deux assis près d'un ruisseau,
Les églantiers en fleurs mettaient une ombre douce
A nos fronts rappochés, et nous regardions l'eau
S'ebattre follement au travers de la mousse.
Dans l'espace attiédi vibraient de lourds frissons;
Le soleil se pâmait dans les herbes soyeuses;
L'air avait, en son vol, des lenteurs amoureuses
Et du bout de son aile effeuillait les buissons.
Nos mains s'entrelaçaient, et nous parlions à peine;
Un flot de volupté jusqu'à nos cœurs montait.
La terre, en exhalant sa formidable haleine,
A travers l'infini tous deux nous emportait.
La nuit vint, les oiseaux, épiant son silence,
Se rapprochaient dans l'ombre avec des cris joyeux:
Ce fut dans la nature un chant d'amour immense,
Qui monta de la terre en se perdant aux cieux!