À Hélène

L. Gouvy

L'an se rajeunissait en sa verte jouvence

Quand je m'épris de vous, ma Sinope cruelle;

Seize ans étaient la fleur de votre âge nouvelle,

Et votre teint sentait encore son enfance.

Vous aviez d'une infante encor la contenance,

La parole, et les pas; votre bouche était belle,

Votre front et vos mains dignes d'une Immortelle,

Et votre œil, qui me fait trépasser quand j'y pense.

Amour, qui ce jour-là si grandes beautés vit,

Dans un marbre, en mon cœur d'un trait les écrivit;

Et si pour le jourd'hui vos beautés si parfaites

Ne sont comme autrefois, je n'en suis moins ravi,

Car je n'ai pas égard à cela que vous êtes,

Mais au doux souvenir des beautés que je vis.