Regrets
L. Gouvy
Ah Mort, en quel estat maintenant tu me changes!
Pour enrichir le ciel tu m'as seul apauvry,
Me desrobant les yeux desquels j'estois nourry,
Qui nourrissent là hault les astres et les anges.
Entre pleurs et souspirs, entre pensers estranges,
Entre le desespoir tout confus et marry,
Du monde et de moy-mesme et d'Amour je me ry,
N'ayant autre plaisir qu'à chanter tes louanges.
Helas! tu n'es pas morte, hé! c'est moy qui le suis.
L'homme est bien trespassé, qui ne vit que d'ennuis,
Et des maux qui me font une eternelle guerre.
Le partage est mal fait, tu possedes les cieux,
Et je n'ay, mal-heureux, pour ma part que la terre,
Les soupirs en la bouche, et les larmes aux yeus.