Quand je pense à ce jour

L. Gouvy

Quand je pense à ce jour, où pres d'une fonteine

Dans le jardin royal savourant ta douceur,

Amour te descouvrit les segrets de mon cœur,

Et de combien de maux j'avois mon ame pleine:

Je me pasme de joye, et sens de veine en veine

Couler ce souvenir, qui me donne vigueur,

M'aguise le penser, me chasse la langueur,

Pour esperer un jour un fin à ma peine.

Mes sens de toutes parts se trouverent contens,

Mes yeux en regardant la fleur de ton Printems,

L'oreille en t'escoutant: et sans ceste compagne,

Qui tousjours noz props tranchoit par le milieu,

D'aise au ciel je volois, et me faisois un Dieu:

Mais tousjours le plaisir de douleur s'accompagne.