Idylle lointaine
P. Delmet
Mettons à la voile tous deux,
Et partons gaîment, si tu l'oses,
Pour les lointains mystérieux
Noyés parmi les brumes roses;
Sur les flots prenant notre essor,
Allons là-bas, bercés par l'onde,
Dans la splendeur des soleils d'or
Découvrir notre Nouveau Monde.
Mollement sachons atterrir
Au bord de quelque île déserte
Qui devra nous appartenir,
Par nous seuls étant découverte.
Autour de ton front voltigeant,
Blonde mie aux yeux de sirène,
Des oiseaux bleus au bec d'argent,
Diront: « Salut à notre reine! »
Or si quelque étranger brutal
Veut nous voler la douce grève,
Comme on tient au pays natal,
Nous tiendrons au pays du rêve.
Près des flots tu me souriras,
Me versant de divines fièvres;
Et pour tombeau prenant tes bras
Je saurai mourir sur tes lèvres!