Le Chanteur des Bois

P. Delmet

Las de chanter sous la fenêtre close

Des gens heureux qu'importune ma voix,

Dans un manteau fait de brume morose,

J'ai pris, tout seul, le chemin des grands bois.

Là, sans témoins, pour la brise attentive,

Pour les esprits cachés dans les buissons,

J'ai caressé ma guitare plaintive,

Et j'ai chanté mes plus belles chansons.

Le vent d'automne avait rouillé les branches

Où se groupaient tristement les oiseaux;

Moi, j'évoquais la saison des pervenches,

Des nids jaseurs bercés par les rameaux.

Du ciel fermé j'ouvrais toutes les portes:

Et les pinsons, en prenant leur essor,

Ont fait tomber sur moi les feuilles mortes

Qui scintillaient comme des écus d'or.

Lorsque la nuit flotta sur la clairière,

Je vis soudain une fée aux yeux bleus;

Ses pieds mignons effleuraient la bruyère,

Des vers luisants étoilaient ses cheveux,

Et, me donnant un baiser dont la flamme

Emplit mon cœur de sublimes frissons,

Elle m'a dit: « Pour moi qui suis ton âme

Chante toujours tes plus belles chansons! »