Romance fanée

P. Delmet

Evoquez-vous quelquefois sans sourire

Le soir où l'on s'aima,

Où Cupidon, qui voulait nous instruire,

Au bois nous égara?

Dans vos cheveux j'avais mis des pervenches,

Marquise, et votre main

Pressait mon bras quand soudain sous les branches

Se perdait le chemin.

Les nids bercés par les ramures

Qu'étoilait un soir de printemps

Exhalaient leurs tendres murmures...

Et nous venions d'avoir vingt ans!

Vous m'avez dit: « Arrêtons-nous de grâce!

Arrêtons-nous un peu.

J'ai tant couru qu'à la fin je suis lasse...

Dormons sous le ciel bleu. »

Votre front pur, penché sur mon épaule,

Voulut s'y reposer;

Ma lèvre alors, tel un souffle qui frôle,

Cueillit un long baiser.

Les nids bercés par les ramures

Qu'étoilait un soir de printemps,

Exhalaient leurs tendres murmures...

Et nous venions d'avoir vingt ans!

Evoquez-vous quelquefois sans sourire

Le soir où l'on s'aima,

Où Cupidon qui voulait nous instruire,

Au bois nous égara?

Pour moi, je sens perler à ma paupière

Un pleur, un pleur très doux,

Quand je vous vois, au vent de la clairière,

Dormir sur mes genoux.

Les nids bercés par les ramures

Qu'étoilait un soir de printemps,

Exhalaient leurs tendres murmures...

Hélas! nous n'avons plus vingt ans!