Le Reliquaire

P. Delmet

J'ai retrouvé le reliquaire

De l'amour troublant de naguère,

Des souvenirs que le mystère

Garde toujours,

De frêles fleurs que les années

Me rendent à présent fanées;

Ce sont les choses surannées

De nos amours.

De ce reliquaire s'exhume,

Comme d'un long voile de brume,

L'indéfinissable amertume

De mon regret.

Mais c'est bien fini de l'ivresse

Des baisers échangés sans cesse

Et je n'ai plus de ma maîtresse

Qu'un blond portrait.

Malgré le charme d'autres lèvres

Qui surent me donner les fièvres

De l'extase et des rêves mièvres,

Je l'aime encor,

Et, triste, je revois l'aimée

Souriante et comme pâmée

Par mon baiser sur le camée

D'ivoire et d'or.

Souvent je pleure, quand je pense

A cet amour d'adolescence

Qui s'effeuille dans le silence

De l'avenir,

Mais j'aime encor le reliquaire

De mon amante de naguère

Et je garde, empreint de mystère,

Son souvenir.