La Tristesse des Lèvres

P. Delmet

Je sais des lèvres qui sont tristes

De n'avoir point encor vibré

En ut, en sol, ou bien en ré,

Sous l'archet des baisers artistes;

Dans l'amour ou dans le plaisir

Elles voudraient faire les preuves,

Et leur tristesse est un désir:

Celles-là sont les lèvres neuves.

D'autres sont tristement hautaines

Comme des Princesses d'exil;

D'autres ont le charme subtil

Et las des douleurs incertaines;

Leur sourire pâle et distrait

Evoque d'anciennes épreuves,

Et leur tristesse est un regret:

Celles-là sont les lèvres veuves.

Veuves déjà, neuves encore

Et tristes ainsi doublement,

Vos lèvres dont le rire ment

Ont pris mon cœur qui les adore;

Je n'aime ni vos cheveux fous,

Ni vos traits aux finesses mièvres,

Ni vos yeux clairs... Je n'aime en vous

Que la tristesse de vos lèvres!...