Valet de cœur

P. Delmet

Un jour le beau Valet de Cœur,

Amoureux comme un capitaine,

Présente à la reine une fleur

Cueillie au bord de la fontaine;

La Dame au sourire vermeil

Réclame, d'une voix câline,

Un rubis semblable au soleil

Qui meurt au front de la colline.

Valet de Cœur saute à cheval

Pour conquérir celle qu'il aime...

Quelqu'un s'avance par le val:

C'est le Roi de Carreau lui- même:

« Il te faut rebrousser chemin,

Dit le Roi dont l'œil étincelle;

Sinon tu péris de ma main,

Et tu ne verras plus ta belle... »

Valet de Cœur sans trop d'effroi

Répond: « Je bénis l'aventure! »

Et pour bondir contre le Roi

Pique les flancs de sa monture.

La Dame au loin sur le rempart

Peut contempler un choc superbe...

Soudain, percé de part en part.

Valet de Cœur roule dans l'herbe.

Un bleu ramier, fouillant du bec

La plaie, au soir pourpré pareille,

Vers le château s'envole avec

Une goutte claire, vermeille.

La Reine à son balcon reçoit

Le sang qui luit comme une pierre,

Et met le rubis à son doigt...

Tout en essuyant sa paupière.