Ave Maria

Anonymous

Quand j'entendais, le soir,

Trembler à mon oreille,

L'Angélus qui s'éveille,

Comme un germe d'espoir,

Rêveuse sur ma porte,

Je rappelais tout bas

Quelque espérance morte,

D'absence ou de trépas.

Ave Maria!

Sur l'âme qui pleure,

Chante et verse l'heure

Où l'Ange pria!

Tout ce que nous pleurons,

Plein d'une grâce austère,

Descend-il sur la terre,

Pour nous dire: « Espérons! »

Car à ce ciel qui sonne,

Ma tristesse a frémi

Comme une main frissonne

Sous la main d'un ami!

Ave Maria!

Sur l'âme qui pleure,

Chante et verse l'heure,

Où l'Ange pria!

Ainsi qu'au fond des fleurs,

Entre la brise errante,

Cette cloche vibrante,

Entrait dans mes douleurs:

Je sentais que Dieu même

A son secret d'amour;

Et j'osais dire: J'aime!

À ce bonsoir du jour.

Ave Maria!

Sur l'âme qui pleure,

Chante et verse l'heure,

Où l'Ange pria!

Soupirs de l'Angélus,

Vos tintements tranquilles

Dans les cris de nos villes

Ne me parviennent plus;

Mais seule et triste encore,

Quand s'en va le soleil,

Ma mémoire sonore

Tinte dans mon sommeil:

Ave Maria!

Sur l'âme qui pleure,

Chante et verse l'heure,

Où l'Ange pria!