Les deux bergères

Anonymous

MARIE.

Viens donc, viens donc vite, bergère;

La noce est au hameau.

CLAUDINE.

Va danser; laisse-moi, ma chère,

Pleurer près de mon troupeau.

MARIE.

Viens, viens; mets des fleurs sur ta tête,

On en doit aux Amours.

CLAUDINE.

Hélas! les Amours pour la fête

Ont oublié mes atours.

MARIE.

L'église est déjà disposée;

Vois le pasteur venir.

CLAUDINE.

Tant mieux pour l'heureuse épousée

Que le pasteur va bénir.

MARIE.

Elle est riche la pastourelle,

Lubin lui doit son sort.

CLAUDINE.

Qu'il l'épouse donc, l'infidèle!

Moi j'épouserai la Mort.

MARIE.

L'Amour changera ton envie;

Attends-le comme moi,

CLAUDINE.

J'ai seize ans: je quitte la vie......

Il m'a blessée avant toi.

MARIE.

Nos bergers, pour venger tes charmes,

T'appellent sous l'ormeau.

CLAUDINE.

Celui qui fait couler mes larmes,

N'était-il pas le plus beau?

MARIE.

Cet Amour, si doux au village,

N'est-il pas éternel?

CLAUDINE.

Va le demander au volage

Qui me renonce à l'autel.

MARIE.

A demain donc, pauvre bergère,

Je reviendrai te voir.

CLAUDINE.

Demain je serai sous la terre......

Viens me dire adieu ce soir.