La jeune esclave

Anonymous

Jamais voyez-vous la colombe

Livrer ses petits au vautour?

Si du nid le plus faible tombe,

Elle vole et pleure à l'entour;

Jamais vers sa tendre couvée

Elle n'a guidé le chasseur;

Jamais elle ne s'est privée

De leurs baisers pleins de douceur.

Et moi je connais une mère

Cruelle à son plus jeune enfant;

Ciel! étouffez ma plainte amère!

Croyez mon cœur qui la défend;

Sur sa vieillesse douloureuse

Un remords sera suspendu:

N'est-elle pas plus malheureuse

Que son enfant qu'elle a vendu!

Dieu! rejetez-moi sur la plage

Où j'errais libre avec mes sœurs,

Où le palmier qui dit mon âge

Leur donne en ce moment ses fleurs!

Le luxe affreux qui m'environne

Me rend mes déserts plus touchans;

Je ne veux pas d'autre couronne

Que celle qui croît dans nos champs.