L'amour et les bergères
Anonymous
Riez, riez, mes légères compagnes;
Il est si doux de voir couler des pleurs!
Livrez ma plainte aux échos des campagnes:
Riez, riez, couronnez-vous des fleurs.
Dites partout qu'une fille naïve,
Sans en médire, avait peu d'amour;
Punissez-vous d'avoir été craintive,
D'autres méchants vous punirant un jour.
Chantez, chantez! Tandis qu'en son absence
Vos longs discours le maudissaient tout bas,
Moi seule, hélas! je craignais sa présence.
Chantez, chantez! vous avez tant d'appas!
Dites partout qu'un soir dans le village
Un étranger dans nos jeux se mêla;
C'était l'Amour, où c'était son image.
Puisqu'en tremblant mon cœur dit: le voilà!
Dansez, dansez, volages pastourelles;
Arrêtez-le dans vos chaînes de fleurs,
Mais vous verrez un jour qu'il a des ailes.
Dansez, dansez! je vous garde des pleurs.
Dites partout, en riant de ma peine,
Qu'il échangea mon bouquet pour le sien;
Mais vous suivez sa trace dans la plaine,
Et vos bergers iront trouver le mien.