Faut l'oublier

Berlioz, Hector

Faut l'oublier disait Colette,

L'infidèle a trahi sa foi;

Il jurait de n'aimer que moi,

Et me préfère une coquette.

Adieu, vains et cruels serments,

Qui m'assuriez de sa constance:

Adieu d'amour heureux moments,

Adieu, tant douce souvenance:

Faut l'oublier, faut l'oublier.

Faut l'oublier, mais comment faire?

Tout me parle ici de Colin;

Sous cet arbre, chaque matin,

L'ingrat me nommait sa bergère.

C'est ici, qu'un jour l'inconstant

D'un ruban para ma houlette:

C'est là que mon parjure amant…

Mais que fais-tu, pauvre Colette?

Faut l'oublier, faut l'oublier.

Faut l'oublier, disait encore

La bergerette en soupirant;

Pour le redire plus souvent,

Colette devançait l'aurore.

Hélas! à chaque instant du jour

Le dit, mais tous bas, la pauvrette:

Et la nuit, à l'heure d'amour,

En s'endormant, elle répète:

Faut l'oublier, faut l'oublier.