Romance

Berlioz, Hector

Depuis une heure je l'attends,

Conçoit-il mon impatience ?

A-t-il compté tous les instants

Qui s'écoulent en son absence

Héla ! qui peut le retenir

Si longtemps loin de ce qu'il aime ?

Ah si j'en juge par moi-même,

Qu'il doit souffrir ! Qu'il doit souffrir !

Comme moi tout l'attend ici,

J'ai pris la parure qu'il aime,

Voici son livre favori,

Ces fleurs je les tiens de lui-même ;

Ce siège qui le recevait

À mes yeux encore le retrace,

Et c'est là que serait sa place,

S'il revenait, s'il revenait.

L'attendre, et puis le regretter

Voilà quelle est mon existence !

Faut-il, quand tout vient m'attrister,

Qu'il m'afflige par son absence ?

Du mal qu'il me fait aujourd'hui

Ah ! ce n'est pas moi qui l'accuse !

J'ai besoin qu'il ait une excuse,

Bien plus que lui, bien plus que lui.

Mais dans le doute et dans l'espoir

Le temps également s'avance,

La nuit approche, et de le voir

Chaque instant m'ôte l'espérance ;

N'importe j'ai beau m'attrister

Qu'il ne peut plus vers moi se rendre ;

Il m'est encore doux de l'attendre,

Sans l'espérer, sans l'espérer.