Le Rivage de Vaucluse
Berlioz, Hector
Du rivage de Vaucluse
L'amant de Laure en ces mots,
En s'éloignant de sa muse,
Fit retentir les échos ;
Ah ! toi, qui plein du délire,
Où Laure a plongé mes sens,
Rocher qu'attendrit ma lyre,
Redis encor mes accents.
En répondant à mes plaintes,
Échos, vous avez appris
Quels sont les vœux et les craintes
D'un cœur tendre et bien épris ;
N'oubliez pas ce langage,
Et si Laure quelque fois
Vient rêver sur ce rivage,
Imitez encore ma voix.
Dites-lui que son image
Me suivra dans le sommeil,
Et recevra pour hommage
Un soupir à mon réveil ;
Que mon oreille attentive
Croira sans cesse écouter
Les sons que sa voix plaintive
Me fit cent fois répéter.
Jurez-lui qu'enfin les Grâces
Viendraient pour me consoler,
Que les amours sur mes traces
Sans cesse auraient beau voler ;
À leur troupe enchanteresse,
Je dirais dans ma douleur :
« Rendez Laure à ma tendresse,
Ou laissez couler mes pleurs ! »
Mais si Laure m'est ravie,
Si je ne dois plus la voir,
Je perdrai bientôt la vie
Quand j'aurai perdu l'espoir;
Puisse la Parque apaisée
Me laisser, après ma mort,
Préférer à l'Élysée
Les ombrages de ces bords.