Ballade
C. Unger
Allons Beppo, prends ta rame,
je vois venir nos amants;
la pauvre petit femme,
comme ses pas sont tremblants!
Eloignons-nous de la terre,
où l'on ne peut être heureux;
vogue gondole legère,
berce bien nos amoureux.
Viens, mon amie,
viens dans mes bras!
Qui nous épie?
Ne tremble pas!
Là tout sommeille,
mais l'amour veille
seul avec nous!
O Béatrice,
la barque glisse,
l'heure est propice
et s'aimer est si doux.
Vogue au loin sur la lagune
ma gondole fends les eaux;
das les cieux sourit la lune
en se mirant sur les flots.
La belle mer solitaire
est le pays des heureux;
vogue gondole legère,
berce bien nos amoureux.
Puisque ton âme
te fit ma femme,
je te réclame,
et s'aimer est si doux.
Beppo vois, là-bas dans l'ombre,
forçant des rames vers nous,
vois-tu cette barque sombre?
Sans doute, c'est un jaloux.
Trahiras-tu le mistère,
o mer des amants heureux?
Vogue gondole legère,
berce bien nos amoureux,
sauve, sauve les amoureux!
Eh quoi! Ta bouche
avec effort,
quand le la touche,
me fait encor;
l'heure qui passe,
dit à voix basse,
dit: aimez vous!
La voix suprême
de ton cœur même
tout te dit: aime!
et s'aimer est si doux.
Ils approchent, ma gondole,
vite, vite, on te poursuit;
comme l'oiseau vole, vole
es disparais dans la nuit.
Oui, vaine est votre colère,
malgré vous ils sont heureux,
et ma gondole legère
sauvera les amoureux.
Ramez encor, ramez plus vite,
riez, riez, beaux amoureux,
quand la mort vole à leur pour suite,
tous deux là-bas, ils sont heureux.
Aimez-vous bien,
car le temps presse,
vous oubliez
dans la tendresse,
que parfois la mort suit l'ivresse.
C'est tout son sang que je veux,
ramez! ramez!