Franc de raison

G. Boni

Franc de raison, esclave de fureur,

Je vay chassant une fere sauvage,

Or' sur un mont, or' le long d'un rivage,

Or' dans le bois de jeunesse et d'erreur.

J'ay pour ma laisse un long trait de malheur,

J'ay pour limier un trop ardent courage,

J'ay pour mes chiens l'ardeur et le jeune âge,

J'ay pour piqueurs l'espoir et la douleur.

Mais eux, voyant que plus elle est chassée,

Loin, loin, devant plus s'enfuit elancée,

Tournant sur moi leur rigoureux effort,

Comme mastins affamés de repaistre,

A longs morceaux se paissent de leur maistre,

Et sans mercy me traînent à la mort.