Quand je vous voy ou quand je pense en vous
G. Boni
Quand je vous voy, ou quand je pense en vous,
Je ne scay quoy dans le cœur me fretille,
Qui me pointelle et tout d'un coup me pille
L'esprit emblé d'un ravissement doux.
Je tremble tout de nerfs et de genous,
Comme la cire au feu je me distile
Sous mes soupirs, et ma force inutile
Me laisse froid, sans haleine et sans pous.
Je semble au mort qu'on devale en la fosse,
Ou à celuy qui d'une fievre grosse
Perd le cerveau, dont les espris mués
Resvent cela qui plus leur est contraire.
Ainsi mourant je ne sçauroy tant faire
Que je ne pense en vous qui me tuez.