Beauté dont la douceur pourroit vaincre les roys
A. Bertrand
Beauté dont la douceur pourroit vaincre les Rois,
Mon cœur que vous tenez dans vos yeux en servage,
Helas, rendez le moy, ou me baillez en gage
Le vostre, car sans cœur vivre je ne pourrois.
Quand mort en vous servant sans mon cœur je serois,
Plus que vous ne pensez ce vous seroit dommage
De perdre un tel amy: à moy, grand avantage,
Grand honneur et plaisir quand pour vous je mourrois.
Ainsi nous ne pouvons encourir de ma mort
Vous, madame, qu'un blâme, et moy qu'un reconfort,
Pourveu que mon trespas vous plaise en quelque chose:
Et veux que sur ma Làme Amour aille escrivant,
CELUY QUI GIST ICY, SANS COEUR ESTOIT VIVANT,
ET TRESPASSA SANS COEUR, ET SANS COEUR IL REPOSE.