Je voudrois estre Ixion et Tantale

A. Bertrand

Je voudrois estre Ixion et Tantale,

Dessus la rouë et dans les eaux là bas,

Et nu à nu presser entre mes bras

Ceste beauté qui les anges égale.

S'ainsi estoit, toute peine fatale

Me seroit douce et ne me chaudroit pas,

Non, d'un vautour fussé-je le repas,

Non, qui le roc remonte et redevale.

Luy tastonner seulement le tetin,

Ce seul plaisir changeroit mon destin

Au sort meilleur des princes de l'Asie:

Un demy-dieu me feroit son baiser,

Et flanc à flanc mon feu desembraser,

Un de ceux-là qui mangent l'ambroisie.