Cet œil besson dont goulu je me pais

A. Bertrand

Cet œil besson dont goulu je me pais,

Qui fait rocher celuy qui s'en approuche,

Ore d'un ris, or' d'un regard farouche

Nourrit mon cœur en querelle et en paix.

Par vous, bel œil, en souffrant je me tais;

Mais, aussitost que la douleur me touche,

Toy, belle, saincte, et angelique bouche,

De tes douceurs re-vivre tu me fais.

Bouche, pourquoy me viens-tu secourir,

Quand ce bel œil me force de mourir?

Pourquoy veux-tu que vif je redevienne?

Las! bouche, las! je revis en langueur,

Pour plus de soin, afin que le soin vienne,

Plus longuement se paistre de mon cœur.