Le ciel ne veut, Dame, que joüisse

A. Bertrand

Le ciel ne veut, Dame, que je jouysse

De ce doux bien que dessert mon devoir;

Aussi ne veu-je, et ne me plaist d'avoir

Sinon du mal en vous faisant service.

Puisqu'il vous plaist que pour vous je languisse,

Je suis heureux, et ne puis recevoir

Plus grand honneur, qu'en mourant, de me voir

Faire à voz yeux de mon cœur sacrifice.

Donc si ma main, maugré moi, quelque fois

De l'amour chaste outrepasse les Loix,

Dans vostre sein cherchant ce qui m'embraise,

Punisses-la du foudre de vos yeux,

Et la brules: car j'ayme beaucoup mieux

Vivre sans main, que ma main vous déplaise.