Las, je me plain de mille et mille et mille

A. Bertrand

Las, je me plain de mille et mille et mille

Souspirs, qu'en vain des flancz je vais tirant,

Heureusement mon plaisir martirant

Au fond d'une eau qui de mes pleurs distille.

Puis je me plain d'un portraict inutile,

Ombre du vray que je suis adorant,

Et de ces yeulx qui me vont devorant,

Le cuoeur bruslé d'une flamme gentille.

Mais parsus tout je me plain d'un penser,

Qui trop souvent dans mon cuoeur faict passer

Le souvenir d'une beaulté cruelle,

Et d'un regret qui me pallist si blanc,

Que je n'ay plus en mes veines de sang,

Aux nerfz de force, en mes oz de moëlle.