Mon Dieu que ma tristesse est belle
A. Bertrand
Amour, amour, que ma maîtresse est belle!
Soit que j'admire ou ses yeux mes seigneurs,
Ou de son front la grâce et les honneurs,
Ou le vermeil de sa lèvre jumelle.
Amour, amour, que ma dame est cruelle!
Soit qu'un dédain rengrége mes douleurs.
Soit qu'un dépit fasse naître mes pleurs,
Soit qu'un refus mes plaies renouvelle.
Ainsi le miel de sa douce beauté
Nourrit mon cœur: ainsi sa cruauté
D'un fiel amer aigrit toute ma vie:
Ainsi repu d'un si divers repas,
Ores je vis, ores je ne vis pas,
Égal au sort des frères d'Œbalie.